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Typhon Champi : un jour sans travail à Taïwan n'est pas toujours un jour payé

7 min de lecture

Scène fictive

Article rédigé à partir d’une actualité. La situation ou les textes ont pu évoluer depuis sa publication.

Des vents soutenus jusqu'à 184 km/h, des rafales jusqu'à 227 km/h : c'est la force du typhon Champi que rapportait Radio Taiwan International le 22 octobre. L'Administration centrale de météorologie (中央氣象署) avait émis l'alerte terrestre le matin même, à 11 h 30 (heure de Taïwan). À 14 heures, l'œil se trouvait à environ 490 km au sud-est de la pointe sud de l'île. Son passage au plus près était attendu vendredi.

Le soir même, à 20 h 05, la page de la Direction générale de l'administration du personnel (人事行政總處) qui recense les décisions indiquait que le travail et les cours étaient suspendus le vendredi 23 octobre dans toutes les villes et tous les comtés, sauf deux cas : Kinmen, où l'activité restait normale, et le comté de Taitung, où seules les îles de Lüdao et de Lanyu étaient visées. Taipei, Nouveau Taipei, Keelung et Taoyuan, qui devaient se prononcer ensemble à 20 heures selon RTI, figuraient dans la liste.

Pour le salarié du privé, tout n'est pas réglé. Cette décision ne s'adresse même pas, en droit, à son employeur.

Une décision prise pour les administrations et les écoles

La « journée typhon » (停班停課) repose sur un règlement qui vise les administrations et les établissements scolaires publics et privés (règlement sur la suspension du travail et des cours en cas de catastrophe naturelle (天然災害停止上班及上課作業辦法), article 2). Pour le vent, la suspension peut être décidée lorsque, selon les prévisions, la zone concernée risque de se trouver dans le rayon de tempête dans les quatre heures, avec un vent moyen de force 7 ou des rafales de force 10 au moins. La pluie peut aussi la justifier, lorsque les cumuls atteignent les seuils fixés en annexe et que des dégâts sont survenus ou menacent. Là où ni le vent ni la pluie n'atteignent ces seuils, une coupure des transports, de l'eau ou de l'électricité due au relief ou aux pluies suffit si elle compromet les déplacements ou la sécurité, ou fait craindre des dégâts (article 4).

Qui décide ? Le maire des municipalités spéciales, ou le chef de comté ou de ville, qui peut déléguer aux chefs de district ou de canton (article 9). D'où des décisions limitées à un canton : Fengbin, dans le comté de Hualien, dès 13 heures le 22 octobre, ou Lüdao et Lanyu, dans celui de Taitung, l'après-midi même. La liste du 22 octobre citait aussi des écoles une à une, dans le district de Fuxing (Taoyuan) et le canton de Jianshi (Hsinchu). Le règlement permet par ailleurs au chef d'une administration ou d'une école de décider lui-même la suspension selon la situation sur place (article 9, alinéa 3).

La page de la Direction générale le rappelle elle-même : les entreprises privées et leurs salariés suivent un autre texte, les lignes directrices du ministère du Travail sur la présence au travail et le salaire en cas de catastrophe naturelle (天然災害發生事業單位勞工出勤管理及工資給付要點), révisées le 19 septembre 2025. Elles renvoient encore à l'ancien intitulé du règlement, qui parlait de suspension « du service » (停止辦公) ; le texte, modifié en dernier lieu le 24 avril 2026, parle désormais de suspension « du travail » (停止上班).

L'absence ne peut pas être sanctionnée

Trois situations sont couvertes par le point 6 des lignes directrices : la suspension a été annoncée là où le salarié travaille ; elle ne l'a pas été, mais le typhon, une inondation ou un séisme bloque réellement la circulation ; elle a été annoncée là où il habite ou sur son trajet habituel. Dans ces cas, l'employeur ne peut pas inscrire une absence injustifiée ni un retard, imposer un congé personnel ou un autre type de congé, exiger un rattrapage, supprimer la prime d'assiduité, licencier ou prendre une autre mesure défavorable.

Ce critère du domicile compte pour ceux qui changent de ville chaque matin. Quelqu'un qui vit à Nouveau Taipei et travaille à Taipei est couvert si l'une des deux villes suspend le travail.

Le salaire, une simple recommandation

Ici, le ton change. Pour la journée non travaillée, l'employeur « devrait de préférence » ne pas retenir le salaire (宜不扣發工資) (point 7). Le ministère précise dans ses questions-réponses que le calcul dépend du règlement intérieur, du contrat de travail ou des usages de l'entreprise, tout en recommandant de ne pas retenir la journée.

Sauf lorsque d'autres textes règlent déjà la question, ces règles doivent être fixées à l'avance dans le contrat de travail, la convention collective ou le règlement intérieur ; à défaut, les lignes directrices servent de référence (point 3). La clause « typhon », si elle existe, se trouve donc dans l'un de ces trois documents.

Quand l'employeur demande de venir

Une supérette ou une société de gardiennage a parfois besoin de personnel ce jour-là. Les lignes directrices exigent alors un accord préalable entre employeur et salariés, avec l'accord du syndicat ou, à défaut, de la réunion de concertation employeur-salariés (point 4). Celui qui vient travailler est payé pour la journée, et un supplément est recommandé (point 7).

Depuis la révision de 2025, le trajet compte aussi. Un employeur qui fait venir un salarié dans l'une des situations du point 6 doit lui fournir une aide au transport : véhicule, indemnité de transport ou autre. Si le trajet habituel est devenu difficile et qu'un taxi est nécessaire, l'employeur le paie (point 6-1).

Sur place, la loi prend le relais. Lorsqu'un danger imminent menace le lieu de travail, l'employeur ou le responsable du site doit faire cesser le travail et mettre les salariés à l'abri. Le salarié qui constate lui-même un tel danger peut aussi cesser le travail et se mettre à l'abri, à condition de ne pas mettre en danger les autres travailleurs, et il en informe immédiatement son supérieur direct. L'employeur ne peut alors ni le licencier, ni le muter, ni retenir le salaire de la période d'arrêt, ni prendre une autre mesure défavorable. L'exception est étroite : l'employeur doit prouver un abus du droit d'arrêt, le faire reconnaître par l'administration compétente, et la mesure doit rester conforme au droit du travail (loi sur la sécurité et la santé au travail (職業安全衛生法), article 18). Si l'employeur supprime un jour de repos, un jour férié ou un congé annuel à cause du typhon, il doit payer double et accorder un repos compensateur, et en informer l'administration locale dans les 24 heures avec ses motifs (loi sur les normes du travail (勞動基準法), article 40).

Les parents, quand l'école ferme

Reste le cas des parents. La fermeture d'une école ne donne pas, à elle seule, droit à un congé. Le congé pour soins familiaux vise un membre de la famille qui doit être vacciné, qui est gravement malade ou qui subit un autre événement grave exigeant que le salarié s'en occupe lui-même ; il est limité à sept jours par an, décomptés des congés personnels, et suit leurs règles de salaire (loi sur l'égalité des sexes dans l'emploi (性別平等工作法), article 20) : sauf disposition plus favorable, le congé personnel n'est pas payé (règles sur les congés des travailleurs (勞工請假規則), article 7). Les questions-réponses du ministère l'ouvrent au salarié dont un proche doit être pris en charge personnellement pendant ou après la catastrophe. Pour un jeune enfant, tout dépend donc de la situation à la maison, pas du seul communiqué de l'école. L'employeur ne peut ni refuser ce congé, ni le compter comme une absence pour la prime d'assiduité ou l'évaluation, ni prendre une autre mesure défavorable (article 21). Quant au parent déjà au bureau qui doit aller chercher un enfant dont l'école ferme, le ministère recommande seulement à l'employeur de trouver, au cas par cas, la solution la plus adaptée.

Après le typhon

Après coup, une retenue sur salaire, une prime d'assiduité supprimée ou un avertissement reçu ensuite se discutent à partir de trois éléments : l'annonce officielle pour la ville du travail, du domicile ou du trajet, le contrat ou le règlement intérieur, et les messages échangés avec l'employeur ce jour-là. L'avocate Wei Tseng (曾雋崴), du cabinet Hovering International Law Firm (昊鼎國際法律事務所), reçoit les questions de droit du travail à Taïwan à l'adresse wei@hoveringlaw.com.tw, en anglais, en chinois, en japonais ou en coréen. Le cabinet a des bureaux à Taipei, 103 臺北市大同區承德路一段35號7樓之2, et à Taichung, 40453 臺中市北區館前路19號6樓之1. Pour une absence du 23 octobre, la décision de chaque ville reste consultable sur la page de la Direction générale, qui garde l'historique des annonces (歷次天然災害停止上班上課訊息).

Sources

Date de consultation : 22 octobre 2026.

Questions fréquentes

La mairie a annoncé la suspension du travail. Mon employeur privé peut-il me compter absent ?
Non. Selon les lignes directrices du ministère du Travail sur la présence et le salaire en cas de catastrophe naturelle, lorsque la suspension a été annoncée là où se trouve le lieu de travail, là où le salarié habite ou sur son trajet habituel, ou lorsque le typhon bloque réellement la circulation, l'employeur ne peut pas inscrire une absence injustifiée ni un retard, imposer un congé, exiger un rattrapage, supprimer la prime d'assiduité, licencier ou prendre une autre mesure défavorable (point 6).
Mon salaire de la journée est-il maintenu ?
Les lignes directrices recommandent à l'employeur de ne pas le retenir, sans l'imposer (point 7). Selon les questions-réponses du ministère, cela dépend du règlement intérieur, du contrat ou des usages de l'entreprise. Si l'employeur demande au salarié de venir, il paie la journée et il lui est recommandé d'ajouter un supplément.
Mon employeur exige que je vienne travailler pendant le typhon. A-t-il des obligations ?
Oui. Lorsque l'activité de l'entreprise exige la présence de certains salariés pendant la catastrophe, cette présence doit avoir été convenue à l'avance, avec l'accord du syndicat ou, à défaut, de la réunion de concertation employeur-salariés (point 4). L'employeur doit fournir une aide au trajet et payer le taxi lorsque le trajet habituel est devenu difficile et qu'un taxi est nécessaire (point 6-1). En cas de danger imminent, le salarié peut cesser le travail et se mettre à l'abri, sans mettre en danger les autres travailleurs et en prévenant aussitôt son supérieur direct ; l'employeur ne peut alors ni le sanctionner ni retenir le salaire de la période d'arrêt, sauf abus prouvé par l'employeur, reconnu par l'administration et mesure conforme au droit du travail (article 18 de la loi sur la sécurité et la santé au travail).

Cet article donne des informations générales et ne constitue pas un conseil juridique sur une situation particulière.

Typhon à Taïwan : absence, salaire et trajet